La photographie n'est pas l'art

Année: 1937
Artiste: Man Ray (1890 - 1976)
Éditeur: G.L.M.
 

La photographie n'est pas l'art, couverture

Le recueil au titre audacieux et provocateur La photographie n'est pas l'art que Man Ray (1890-1976) a écrit avec son ami artiste, le Français L'écrivain André Breton (1896-1966) est un exemple clair d'un soi-disant livre de dialogue. Le texte et l'image sont, pour ainsi dire, en conversation l'un avec l'autre. Cependant, la relation entre les deux n'est pas toujours claire, mais plutôt déroutante. C'est une caractéristique qui rejoint le surréalisme, un mouvement artistique dont le but, en somme, est de surprendre et de perturber le plus possible le lecteur-spectateur. De plus, les femmes jouent également un rôle majeur dans le surréalisme. Ce sexe est également placé sur un piédestal dans la collection de Ray et Breton, non seulement dans la préface, mais aussi dans certaines photos, comme celle légendée 'Le sex-appeal'.

La "lanterne magique" surréaliste

L'artiste américain Man Ray a ajouté des légendes aux douze photographies qu'il avait prises dans cette collection, tandis que Breton a écrit l'avant-propos. Dans cette préface, il associe son ami à une Lanterne Magique, une lanterne magique. On pourrait lire cette comparaison comme une ode à Man Ray, dans laquelle Breton veut mettre en avant l'esprit créatif de son ami. Une lanterne magique est l'un des précurseurs du projecteur. Man Ray projette également, pour ainsi dire, ses propres rêves, imaginations, pensées et vues qui résultent de son esprit créatif. Sa caméra est en quelque sorte le projecteur de sa psyché. Ses projections sont ses photos

De plus, le mot 'Lanterne' (lanterne) implique une source de lumière. C'est un élément avec lequel Ray a beaucoup joué dans la création de son œuvre photographique. Son invention, le "rayogramme", dont une copie peut également être trouvée dans L'ange Heurtebise (1925), en est un bon exemple. Cette technique consiste à déposer un objet sur du papier photosensible puis à l'exposer immédiatement à la lumière. Aucune caméra n'est utilisée pour cela. Dans La photographie n'est pas l'art il y a aussi un rayogramme, accompagné de la légende 'Photographie intégrale et cent pour cent automatique'.

Vous pouvez également lier le mot "Magique" à Man Ray et aux idées surréalistes que l'on retrouve parfois dans La photographie n'est pas l'art. Le mot implique en fait deux choses. Il peut d'abord renvoyer au surnaturel, à une réalité onirique, et donc au surréalisme. Le magique peut également indiquer l'esprit créatif de l'artiste qui a certaines imaginations avec lesquelles il "enchante" la psyché du spectateur et active le fantasme du spectateur.

Histoire naturelle


Catégorisation de l'œuvre photographique de Man Ray

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Ce fantasme est ainsi alimenté par la relation ambiguë et énigmatique entre les photos et les courtes légendes qui les accompagnent dans cette collection. Man Ray lui-même joue souvent avec la relation entre la forme et le concept représenté dans son œuvre photographique. Son œuvre peut donc être divisée en trois catégories de photos : photos mimétiques, pro-photographiques et énigmatiques.

Les photos mimétiques sont une représentation illustrative de la réalité concrète. Un bon exemple tiré de La photographie n'est pas l'art d'un tel type de photographie est celui d'un hippocampe, légendé "Histoire naturelle".

Les photos prophotographiques, comme les mimétiques, concernent la représentation de la réalité, sauf que ce qui est représenté est invraisemblable et énigmatique. L'objet est donc reconnaissable, mais le sens concret qui le sous-tend laisse perplexe. Dans la collection, ce sens devient souvent plus clair sous l'influence des légendes. C'est le cas de la photo légendée "Cerveau bien ordonné", où le court texte fait soudain apparaître la colonie de fourmis collaboratrices comme la représentation de l'activité cérébrale complexe de notre cerveau humain. C'est également le cas de l'image avec la légende 'Photo de mode "collection d'hiver"' qui est aussi un exemple typique de photo pro-photographique. Il s'avère que les bourgeons d'un arbre sont protégés du gel avec une sorte de sacs blancs, ce qui est décrit dans la légende car les arbres reçoivent leur collection d'hiver à la mode.

Dans les photos énigmatiques, la forme est incroyable et il est donc difficile de trouver une signification sans ambiguïté et correcte. On ne sait pas exactement ce qui est communiqué. Le célèbre Violon d'Ingres de Ray (1924) en est un bon exemple. Au début, il semble clair qu'il s'agit d'une femme, mais en raison des interventions techniques de l'artiste, la forme exacte et la signification sont déroutantes. Aussi La photographie n'est pas l'art contient des photos énigmatiques. Un bon exemple de ceci est la photo avec la légende "Passage entre deux prises de vue", où il est déroutant de savoir exactement ce que l'on peut voir, car la forme et le sens ne sont pas clairs et la légende ne le précise pas.

Description bibliographique

Description: La photographie n'est pas l'art : 12 photographies / Man Ray ; avant-propos de André Breton. - [Paris] : G.L.M., 1937. - [17] bl : ill. ; 26 cm.
Imprimeur: G.L.M.
Edition: Inconnu
Exemplaire: Copie sur 'papier teinté' et 'papier couché jaune paille'
Bibliographie: Monod-9489
Cotation: KW KOOPM L 506

Références bibliographiques

  • David Bate, Photography & Surrealism. London/New York, I.B. Tauris, 2011.
  • André Breton, Manifeste du surréalisme. Paris, Gallimard, 1966.
  • Paul van Capelleveen, Sophie Ham et Jordy Joubij, Voix et visions. La Collection Koopman et l’Art du Livre français. La Haye, Koninklijke Bibliotheek, Bibliothèque nationale des Pays-Bas. Zwolle, Waanders, 2009.
  • Emmanuelle de l'Ecotais, Man Ray: La photographie a l'envers. Paris, Centre Georges Pompidou, 1998
  • Wouter Marinissen, 'La lanterne magique: Man Ray et l’éclairage de l’énigme dans La photographie n’est pas l’art, in: Relief, Revue électronique de littérature française, 11 (2017) 1, p. 24–39.
  • Yves Peyré, Peinture et poésie, Le dialogue par le livre 1874-2000. Paris, Gallimard, 2001.