Réflexions sur Paulina 1880

Année: 2023 
Auteur/artiste: François Righi (*1946) 
Éditeur: François Righi

Réflexions sur Paulina 1880, les trois livrets

Alors que François Righi s’inspirait dans ses œuvres précédentes de l’imagerie médiévale, il se réfère, dans Réflexions sur Paulina 1880, à un point de référence bien plus récent : le roman Paulina 1880 (1925) de Pierre Jean Jouve. Le roman suit Paulina Pandolfini, une jeune femme belle et profondément religieuse dans le Milan des années 1880. Tiraillée entre sa foi catholique et une liaison scandaleuse avec un comte marié, elle commet un meurtre dans un accès de désespoir amoureux.

Cahiers vierges

L’œuvre de Righi trouve son origine dans trois petits livres qu’il a reçus de l’artiste Nicole Courtois : l’un d’entre eux est un exemplaire de Réflexions sur l’imitation de N.S.J.C. (1945), écrit par Paul de Molènes et publié par le typographe Maximilien Vox. Les deux autres livrets sont des maquettes de cette édition : ils possèdent la même couverture imprimée, mais leur intérieur est vierge. Ils ont constitué pour Righi le point de départ de sa réflexion sur le roman de Jouve.

Conflit typographique

Dans le premier cahier vierge, l’artiste a noté 61 citations tirées de Paulina 1880, issues de cinq des six chapitres. Ces extrais n’ont pas été choisis pour résumer le récit : il s’agit des passages que Righi avait soulignés lors de sa première lecture et qui reflètent la lecture personnelle que Righi a fait du texte. Ensemble, ils mettent en évidence la tension centrale du roman : le conflit entre le désir érotique et le désir spirituel. Il est remarquable que l’artiste ait recopié ces citations de la main gauche. Les lettres et les lignes irrégulières qui en résultent confèrent à l’écriture un caractère résolument expressif, qui contraste fortement avec l’écriture maîtrisée, presque typographique, de sa main droite. Il réservait d’ailleurs cette dernière exclusivement aux éléments ne relevant pas du contenu littéraire du roman, comme le colophon.

Entre les lignes de texte, Righi a peint des rectangles noirs, des formes géométriques et, ici et là, quelques lettres blanches. Leur signification n’est pas explicitement définie et reste délibérément ouverte à l’interprétation. La couverture a également été entièrement recouverte de noir, à l’exception d’une découpe autour du mot « Réflexions », de sorte que le titre d’origine n’est que partiellement visible.

Sens (anti)horaire

La troisième et dernière partie de ce triptyque se compose de 54 miniatures noires de forme circulaire. Entourées de lettres répétées, elles forment ensemble le titre du premier chapitre du roman : « Chambre bleue ». Au début du cahier, les lettres sont disposées comme des index sur un cadran et suivent le sens des aiguilles d’un horloge. Sur l’une des dernières pages, elles apparaissent cependant inversées et dans le sens inverse, sans cercle noir, comme si le temps était rembobiné. La miniature finale, réalisée en couleur, évoque le célèbre oculus peint par Andrea Mantegna dans la Camera degli Sposi du Palazzo Ducale à Mantoue. Cette référence peut être interprétée comme une allusion subtile aux années que Paulina a passées au couvent de cette ville. Le paon représente fait également référence à un motif médiéval symbolisant le pouvoir, qui occupe depuis longtemps une place importante dans l’œuvre de Righi.

Réflexions sur Paulina 1880 a été rangé dans une cassette spécialement conçue et a été dédié à Laurence Riviale, qui a fait découvrir à Righi l’œuvre de Jouve. Il en résulte une interprétation extrêmement personnelle et visuelle d’une lecture. Righi na réalisé qu’un seul exemplaire unique à partir des deux parties manuscrites.

Description bibliographique

Description: Réflexions sur Paulina 1880 / François Righi - Ivoy-le-Pré : François Righi, 2023. - 3 volumes, chacun de 60 pages ; 17 × 9 cm.
Imprimeur: -
Tirage: Exemplaire unique
Exemplaire: Exemplaire unique, composé de 3 volumes dans une cassette. Volume 1 : 61 citations manuscrites et illustrées de Paulina 1880 (1925) de Pierre Jean Jouve par François Righi. Volume 2 : Paul de Molènes, Réflexions sur l’imitation de N.S.J.C.. Paris : Maximilien Vox, 1945. Avec le dos peint par François Righi. Volume 3 : 54 miniatures peintes par François Righi.
Note: Signé par l'artiste
Cotation:

Références bibliographiques

  • Paul van Capelleveen, ‘Les livres sont muets, François Righi’, in Artists & others. The imaginative French book in the 21st century. Koopman Collection, National Library of the Netherlands. Nijmegen, Vantilt Publishers, 2016, pp. 186–191.
  • Site web de François Righi 
  • Nicolas Pesquès, Recensions pour François Righi. Saint-Resitut, Centre d’Art Contemporain, 2020.