Heures dispersées

Année: 2014
Auteur: Marie Grégoire (*1965) 
Artiste: François Righi (*1946) 
Éditeur: Les livres sont muets

Heures dispersées, frontispice par François Righi et page de titre

Heures dispersées, publié en 2014 en collaboration avec l’écrivaine Marie Grégoire, poursuit le dialogue de longue date que François Righi entretient avec l’univers médiéval de Jean Lallemant. Ce dialogue avait déjà été abordé dans Le miroir volatil (2003) et Un livre muet pour Jean Lallemant le Jeune (2005). Pour cet ouvrage, Righi s’est inspiré du plafond décoré de l’oratoire de l’Hôtel Lallemant à Bourges. Ce plafond est composé de panneaux géométriques, où des représentations mythologiques et religieuses se mêlent à des motifs plus décoratifs. Parmi ces représentations apparaissent également des putti : de petites figures ailées qui constituent un motif récurrent tout au long du livre.

Chemins, pistes, routes, couloirs, allées

Les petites empreintes de pas des putti deviennent le motif central de l’œuvre. Répétées et encerclées sans cesse, elles forment un fil visuel qui traverse les pages. Righi a construit ses images en plusieurs passages d’impression. Il a d’abord imprimé les formes blanches sur toutes les pages à l’aide de plaques de rhodium. Il a ensuite imprimé, à l’aide de chalcographie, les gravures carrées figurant sur la couverture, les deux frontispices et une illustration accompagnant le texte de Grégoire. Dans une dernière étape, il a apposé les empreintes de pas encerclées sur les formes blanches déjà imprimées. Les couches d’impression successives donnent naissance à des compositions où des structures rigides et géométriques alternent avec des lignes fluides et ondulantes. Sur certaines pages, les motifs denses cèdent la place à un espace presque vide, dans lequel une seule ligne isolée suggère le tracé d’une piste ou un chemin.

C’est un fil conducteur tout au long du livre. Souvent, sur les pages de gauche, plusieurs colonnes de synonymes du mot « chemin » sont imprimées dans l’écriture de Righi. D’abord en français, puis en 162 autres langues. Les colonnes sont ornées de ce qui ressemble à des initiales enluminées. Les mots fonctionnent comme des signes visuels qui permettent d’approfondir, tout au long de l’ouvrage, l’idée de l’exploration et de connexion.

François Righi, plaque de cuivre dans Heures dispersées 

Sur les 28 exemplaires destinés à la vente, la KB possède le deuxième exemplaire de tête. Celui-ci est accompagné de l’une des trois plaques de cuivre, dans ce cas celle du frontispice. L’impression finale a été réalisée par Michael Woolworth (pour les lithographies des empreintes de pas encerclées), Emile Moreau (pour la typographie) et par Righi lui-même (pour les gravures).

Contemplation

Comme dans une grande partie de l’œuvre de Righi, la culture médiévale ne sert pas seulement de source d’inspiration, mais aussi de moyen de réflexion sur le livre lui-même. Il admire depuis longtemps les manuscrits enluminés pour leur statut d’objet symboliques. Le texte l’image et la forme matérielle sont indissociables. Heures dispersées s’inscrit dans cette tradition, tout en restant indéniablement contemporain.

Le texte de Marie Grégoire, qui figure sur la dernière page, est court et simple. Elle conclut son texte en affirmant que les choses sont ainsi, et qu’on ne cherche pas un « pourquoi ». Il en résulte donc un livre qui invite à la contemplation plutôt qu’à l’interprétation. Le symbolisme s’oppose à toute explication définitive et encourage le lecteur à s’attarder entre tous les chemins. La fusion entre le symbolisme des lettres et des mots (qui ne sont pas nécessairement là pour être lus) et les images (qui invitent à l’errance) est ce qui Righi a voulu réaliser dans cet ouvrage. Il peut sembler évident de considérer ce livre comme un cryptogramme, mais Righi ne crée pas d’énigmes, car il n’y a pas de solutions.

Description bibliographique

Description: Heures dispersées / Marie Grégoire ; conçu et réalisé par François Righi. - Ivoy-le-Pré : Les livres sont muets, 2014. - 25 p. ; 27 × 25 cm.
Imprimeur: Michael Woolworth (lithographie), François Righi (gravures) en Emile Moreau (typographie)
Tirage: 31 exemplaires sur papier Japon Minota
Exemplaire: Nummer 2 
Note: Exemplaire de tête avec une plaque de cuivre gravée du frontispice. Signé par l’auteur et l’artiste.
Cotation: KW KOOPM A10178

Références bibliographiques

  • Paul van Capelleveen, 'Les livres sont muets, François Righi', in Artists & others. The imaginative French book in the 21st century. Koopman Collection, National Library of the Netherlands. Nijmegen, Vantilt Publishers, 2016, pp. 186–191.