Fragments de vie quotidienne

Année: 2013
Auteur/artiste: Rita Alaoui (*1972)
Éditeur: Al Manar

Fragments de vie quotidienne, page de titre

Fragments de vie quotidienne est le premier livre d’artiste de l’artiste marocaine Rita Alaoui et est également considéré comme l’un des premiers véritables livres d’artiste issues du Maroc. Alaoui a étudié la peinture à l’Académie Julian à Paris, puis à la Parsons School of Design à New York, où elle a obtenu son diplôme en 1996. Son parcours transnational et ses allers-retours constants entre le Maroc et la France lui confèrent une pratique artistique éclectique. Son art englobe principalement la photographie, l’installation, la performance, la sculpture et la peinture, mais son processus créatif commence presque toujours par collecter : galets, plantes, fleurs. Son instinct de collectionneuse et sa multidisciplinarité s’expriment fortement dans Fragments de vie quotidienne, où se mêlent des techniques variées. De courts textes à la typographie côtoient des photos originales en noir et blanc, ornées de fils brodés, de peintures, d’annotations manuscrites, de morceaux de tissu collés et de dessins à l’encre.

La réalité et l’imaginaire

Le parcours international d’Alaoui transparaît dans la diversité linguistique du livre : certains titres sont en anglais, tandis que les textes accompagnants sont en français, et parfois l’inverse. Les photos montrent (comme dans une autobiographie) des objets trouvés et des scènes du quotidien. Dans « One afternoon at the beach », Alaoui montre ce qu’elle a ramassé un jour sur la côte : une touffe d’algues, un galet en forme de portrait et un autre en forme de poire. Le caractère banal et aléatoire de ces moments personnels et intimes ravive les souvenirs du lecteur.

  • Rita Alaoui, Fragments de vie quotidienne (p. 8–9)

Le texte est accompagné d’images de la plage et de l’encre noire et dorée. Des fils à coudre rouge sont fixées à l’une des photos. Quelques pages plus loin, deux pages sont remplies uniquement des mots « Paradis artificiels » (une référence à l’essai de Baudelaire sur les drogues et la créativité), « Precious love » et « Flower dream, offering, flight ». Les trois photos montrent des mains ouvertes tenant une fleur. Un morceau de tissu translucide est cousu sur l’une des photos, comme la manche d’une chemise, tandis que sur une autre, les mots manuscrits « precious love » s’étendent à plusieurs reprises depuis les doigts sur la photo. Alaoui a utilisé de l’encre dorée sur ces pages, ce qui pourrait suggérer qu’elle se détache de la vie quotidienne pour s’aventurer dans quelque chose de magique.

Souvenirs malléables

Toutes ces interventions remettent en cause le caractère documentaire traditionnellement associé à la photographie. Dans Fragments de vie quotidienne, la réalité commence à se confondre avec l’imaginaire de l’intimité. Non seulement par la réunion de différents médias, mais aussi en raison des grandes différences entre le texte et les photos : les photos capturent des moments concrets dans le temps, tandis que les textes sont au contraire poétiques, oniriques et intemporels. Cette interaction se manifeste également cette année dans une performance d’Alaoui, La Madeleine de Proust (2013), dans laquelle elle agence des photos et divers objets, dont beaucoup apparaissent également dans Fragments de vie quotidienne, tout en récitant des passages de Proust. Dans les deux cas, la mémoire est traitée comme quelque chose de physique et malléable : les souvenirs peuvent être réorganisés et transformés.

Le livre en édition multiple

Pour ce projet, Alaoui a reçu une bourse du Fond Prince Claus, ce qui lui a permis de se consacrer pleinement aux arts graphiques. Grâce à une rencontre antérieure avec le directeur de la maison d’édition Al Manar, Alain Gorius, l’ouvrage a finalement été publié par cette maison en un tirage de 36 exemplaires. Chaque exemplaire a été retravaillé individuellement par l’artiste à l’aide de divers ajouts et techniques. Bien que les textes et les photos soient restés identiques, chaque exemplaire se distingue par ces interventions, parfois subtiles, parfois radicales. Composée en Garamond et imprimée sur du papier BFK Rives simple, la publication allie la reproductibilité du livre à l’unicité d’une œuvre d’art.

Fragments de vie quotidienne, reliure

Le livre a été relié en demi-cuir par Anne Bossenbroek en 2020. L’ouvrage se composait initialement de cahiers séparés, ce qui faisait que les dessins et les peintures ne s’alignait pas toujours correctement. Bossenbroek a remédié à ce problème en reliant étroitement les cahiers et en dotant l’ensemble d’une couverture, réalisée à partir d’un collage de morceaux de papier coloré.

Description bibliographique

Description: Fragments de vie quotidienne / Rita Alaoui - Paris : Al Manar, 2013. - 35 pages non numérotés ; 29 cm. 
Imprimeur: S.A.I.G.
Tirage: 36 exemplaires sur papier BFK Rives
Exemplaire: No. 20 
Note: Signé par l'artiste. Relié par Anne Bossenbroek, Driebergen, 2020.
Cotation: KW KOOPM A10175

Références bibliographiques

  • Marie Akar, ‘Al Manar. Chantre de la poésie méditerranéenne’, dans Art & métiers du livre, 299 (november–décembre, 2013), pp. 32–41.
  • Marie Akar, ‘Fiche technique. Fragments de vie quotidienne’, dans Art & métiers du livre, 299 (november–décembre, 2013), pp. 79–80.
  • Paul van Capelleveen, ‘Al Manar, Alain Gorius & Christine Alberti-Gorius’, in Artists & others. The imaginative French book in the 21st century. Koopman Collection, National Library of the Netherlands. Nijmegen, Vantilt Publishers, 2016, pp. 145–48.
  • Site web de Rita Alaoui