Fragments de vie quotidienne
Année: 2013
Auteur/artiste: Rita Alaoui (*1972)
Éditeur: Al Manar
Le texte est accompagné d’images de la plage et de l’encre noire et dorée. Des fils à coudre rouge sont fixées à l’une des photos. Quelques pages plus loin, deux pages sont remplies uniquement des mots « Paradis artificiels » (une référence à l’essai de Baudelaire sur les drogues et la créativité), « Precious love » et « Flower dream, offering, flight ». Les trois photos montrent des mains ouvertes tenant une fleur. Un morceau de tissu translucide est cousu sur l’une des photos, comme la manche d’une chemise, tandis que sur une autre, les mots manuscrits « precious love » s’étendent à plusieurs reprises depuis les doigts sur la photo. Alaoui a utilisé de l’encre dorée sur ces pages, ce qui pourrait suggérer qu’elle se détache de la vie quotidienne pour s’aventurer dans quelque chose de magique.
Souvenirs malléables
Toutes ces interventions remettent en cause le caractère documentaire traditionnellement associé à la photographie. Dans Fragments de vie quotidienne, la réalité commence à se confondre avec l’imaginaire de l’intimité. Non seulement par la réunion de différents médias, mais aussi en raison des grandes différences entre le texte et les photos : les photos capturent des moments concrets dans le temps, tandis que les textes sont au contraire poétiques, oniriques et intemporels. Cette interaction se manifeste également cette année dans une performance d’Alaoui, La Madeleine de Proust (2013), dans laquelle elle agence des photos et divers objets, dont beaucoup apparaissent également dans Fragments de vie quotidienne, tout en récitant des passages de Proust. Dans les deux cas, la mémoire est traitée comme quelque chose de physique et malléable : les souvenirs peuvent être réorganisés et transformés.
Le livre en édition multiple
Pour ce projet, Alaoui a reçu une bourse du Fond Prince Claus, ce qui lui a permis de se consacrer pleinement aux arts graphiques. Grâce à une rencontre antérieure avec le directeur de la maison d’édition Al Manar, Alain Gorius, l’ouvrage a finalement été publié par cette maison en un tirage de 36 exemplaires. Chaque exemplaire a été retravaillé individuellement par l’artiste à l’aide de divers ajouts et techniques. Bien que les textes et les photos soient restés identiques, chaque exemplaire se distingue par ces interventions, parfois subtiles, parfois radicales. Composée en Garamond et imprimée sur du papier BFK Rives simple, la publication allie la reproductibilité du livre à l’unicité d’une œuvre d’art.