Un livre muet pour Jean Lallemant le Jeune

Année: 2005
Auteur/artiste: François Righi
Éditeur: D'ailleurs-l'image et Tant & Temps

François Righi, texte et sérigraphie dans Un livre muet pour Jean Lallemant le Jeune (p. 4–5)

Pour Un livre muet pour Jean Lallemant le Jeune, François Righi s’est inspiré d’un livre d’heures richement enluminé (vers 1540) provenant des collections de la KB. Righi a ainsi créé une réponse conceptuelle : un nouveau livre d’artiste qui réinterprète certains éléments du langage visuel du manuscrit.

Ivoy-le-Pré

Righi est issu d’une famille d’artistes : son père était peintre, sa mère musicienne. Dès son plus jeune âge, il a baigné dans l’univers artistique. Bien qu’il ait fréquenté brièvement l’École des beaux-arts à Lyon, Righi est en grande partie autodidacte. Son parcours artistique a été marqué par des études analytiques approfondies d’artistes tels que William Blake, Pierre Guastalla et Jean Delpech. Après de longs voyages au Mexique, Righi s’est installé à Ivoy-le-Pré, un village au sud de Paris, où il a fondé son propre atelier et sa maison d’édition : d’abord sous le nom Le tailleur d’images, puis sous D’ailleurs l’image et, plus récemment, sous Les livres sont muets. Depuis 1975, les livres d’artiste occupent une place centrale dans son œuvre. Righi préfère publier sous sa propre marque, mais il lui arrive parfois, comme ici, de collaborer avec un autre éditeur.

(Im)prévisibilité

Un livre muet pour Jean Lallemant le Jeune, couverture et cassette

Sa profonde fascination pour la symbolique médiévale est indéniable dans Un livre muet pour Jean Lallemant le Jeune. Le manuscrit original comporte un frontispice et douze miniatures en pleine page représentant Jean Lallemant en tant que témoin de scènes bibliques, telles que l’Annonciation et le Jugement Dernier. La réponse conceptuelle de Righi à ce manuscrit ajoute une autre illustration supplémentaire. Dans cette œuvre, il se concentre sur certains aspects du manuscrit. Righi a conservé l’ordre ainsi que la forme et la taille exactes des douze images, mais les a réduites à deux motifs récurrents : la croix que Lallemant porte avec lui et le motif de son cilice, qui rappelle une cotte de mailles.

Cependant, Righi passe sous silence d’autres éléments du manuscrit. Par exemple, il ne fait aucune mention de la disposition des miniatures par rapport au texte, des nombreuses initiales enluminées, ni des décorations marginales ornées de motifs de crânes. Le livre bleu, qui apparaît dans chaque miniature, semble également être ignoré. Pourtant, cette couleur trouve un écho indirect dans la publication de Righi, qui possède une couverture bleue.

Dans chacune des illustrations de Righi, la croix et le cilice sont disposés exactement de la même manière : le cilice apparaît comme une lacune dans le motif, invisible – une illustration du titre « muet ». Le motif en grille est différent dans chaque image, selon l’orientation et la taille de la croix dans la miniature originale. Dans la première illustration, Righi rassemble toutes les positions de la croix à l’encre noire, et tous les motifs en grille à l’encre rouge. Le motif des crois réapparaît dans l’illustration finale, à peine visible sur un fond noir. Ici, la figure de Lallemant telle qu’elle apparaît dans la miniature finale est également ajoutée.

Les illustrations de Righi sont des sérigraphies. Parallèlement aux motifs géométriques soigneusement disposés, et les recouvrant en partie, se trouvent des lignes, des boucles, des cercles et des petites éclaboussures d’encre. Ces marques ont été créées par Righi en trempant un fil de soie dans de l’encre rouge ou orange, puis en le laissant tomber sur le papier. Comme ces marques sont entièrement aléatoires et diffèrent donc dans chaque exemplaire, elles introduisent un élément d’imprévisibilité qui contraste avec la précision des compositions imprimées. Ce caractère imprévisible peut en outre être interprété comme une réflexion sur le destin humain : même au sein de systèmes soigneusement ordonnés, la vie reste en partie déterminée par le hasard. L’œuvre acquiert ainsi une dimension supplémentaire qui s’inscrit dans la thématique médiévale de la dévotion.

Une perspective conceptuelle

Le livre de Righi peut être considéré comme une réponse conceptuelle au manuscrit médiéval tant admiré par lui. Son texte se limite à une brève introduction en début de l’ouvrage et est imprimé en olive antique par Emile Moreau. Les illustrations ont toutes été imprimées par Jean Marie Biardeau. Le livre a été publié par Righi lui-même (éditions D’ailleurs-l’image) et par Biardeau (Tant & Temps).

Description bibliographique

Description: Un livre muet pour Jean Lallemant le Jeune / François Righi ; texte et sérigraphies de François Righi. - Ivoy-le-Pré : D’ailleurs-l’image ; Tant & Temps, 2005. - 19 p. ; 23 cm.
Imprimeur: Jean-Marie Biardeau (sérigraphies) en Emile Moreau (typographie)
Tirage: 30 exemplaires sur papier Rivolo
Exemplaire: No. 26 
Note: Signé par l'artiste
Cotation: KW KOOPM A10020

Références bibliographiques

  • Paul van Capelleveen, ‘Les livres sont muets, François Righi’, in Artists & others. The imaginative French book in the 21st century. Koopman Collection, National Library of the Netherlands. Nijmegen, Vantilt Publishers, 2016, pp. 186–191.
  • François Righi : summa pavonica. Limoges, Fonds Régional d’Art Contemporain du Limousin, 1991.